American Legends : SHELBY Cobra Daytona Coupe ’65

En 1963, Carroll Shelby, après moult efforts pour parvenir à vaincre FERRARI, se rend à l’évidence : le roadster Cobra ne peut vaincre l’écurie au cheval cabré, et gagner le Championnat. Du fait de son Cx défavorable (le pare-brise générant de fortes turbulences), le petit cabriolet souffre d’une vitesse de pointe peu élevée (280 km/h), en particulier sur les circuits rapides comme Le Mans. Dans le circuit mythique de la Sarthe, la voiture est au moins 10 km/h moins rapide que la Ferrari GTO sur les Hunaudières.

Carroll Shelby décide donc de dériver un coupé du roadster, seule solution pour réaliser son objectif premier, vaincre le Cavallino. La conception de la future voiture est confiée à Pete Brock, qui a participé à l’élaboration de la CHEVROLET Corvette Sting Ray. Agé de 26 ans seulement, il est aussi un pilote de bon niveau et est devenu directeur de l’école de pilotage Shelby. Les deux autres artisans du coupé Cobra sont Phil Remington, ancien ingénieur des Scarab, et Ken Miles, qui réalise les essais en piste et le développement aérodynamique. C’est ce dernier qui, dans l’équipe, prend les décisions pour Carroll Shelby.

Le coupé, qui sera plus tard baptisé Daytona, est terminé à l’automne 1963. Les premiers tests sont réalisés deux mois avant la course de Daytona de 1964, à Riverside, où la voiture pulvérise le record du tour. La voiture reçoit le célèbre moteur Ford V8 289 ci (4,7 litres) du roadster. Développant la bagatelle de 380 CV, il jouit d’une remarquable souplesse et sa puissance est disponible dès 3500 tours, contrairement au V12 beaucoup plus pointu de la Ferrari GTO, ennemie jurée de la Cobra. Crachant son venin jusqu’à 8000 trs/mn à travers ses échappements blancs dépourvus de tout filtre, il fera non seulement trembler le sol, mais également les panneaux des stands. Boules Quiès vivement recommandées !!!! Il sera accouplé à une transmission Borg Warner de type T10, ne possédant que quatre rapports, mais le couple énorme du V8 compensera largement l’absence de cinquième vitesse. Le pont Salisbury est doté d’un autobloquant.
Constitué de gros tubes en forme d’échelle, le châssis est renforcé par un treillis tubulaire. A l’avant comme à l’arrière, la suspension se dote d’un ressort à lame transversal, tandis que le freinage est constitué de 4 disques pleins. Côté carrosserie, diverses solutions ont été imaginées et testées, notamment une longue queue, comme on en verra plus tard sur les Porsche 917. Finalement, c’est l’arrière tronqué qui est retenu, dépourvu d’aileron aérodynamique malgré l’insistance de Pete Brock. Ce n’est qu’à Spa en 1964 que ce dernier aura partiellement gain de cause en obtenant l’installation d’un becquet, où le rapide circuit belge mettra en exergue la nécessité d’un appui supplémentaire à l’arrière. Copié sur la GTO, le becquet devra d’ailleurs être raboté car, en l’état, il donnait trop d’appui, rendant la voiture inconduisible. On remarquera également que la forme ovoïde des globes de phares est elle aussi inspirée de la GTO. Quant au cockpit, il causa beaucoup de soucis aux géniteurs de la Daytona, son refroidissement s’avérant l’un des principaux problèmes de mise au point de la voiture. Il est bon de noter que la voiture ne possède pas de poignées de portes. L’accès à bord se fait en glissant le bras par la vitre en plexiglas.

Six coupés 289 ci sont construits en 1964 et 1965 (sans parler du prototype 427 à moteur 7 litres). Ils existent toujours à l’heure actuelle et sont aujourd’hui la propriété de (chanceux) collectionneurs. Le premier d’entre eux sera construit aux Etats-Unis, puis les carrosseries en aluminium des cinq exemplaires suivants seront moulées en Italie, à la Carrozzeria Gran Sport située à Modène. Une vraie provocation !

Les pilotes retenus sont Ken Miles, Dan Gurney, Bob Bondurant, Bob Holbert, Davey McDonald et Jo Schlesser. Maurice Trintignant, qui l’a pilotée aux 24 Heures du Mans et au Tour de France, ne tarit pas d’éloges sur la voiture. La Daytona va remporter de nombreuses épreuves du Championnat du monde des constructeurs, qui se court dans la catégorie GT. En 1964, si la première sortie à Daytona se solde par un abandon, le premier succès intervient dès Sebring (équipage Holbert-McDonald). Il sera suivi des victoires (en catégorie GT) aux 24 Heures du Mans, où la Daytona de Dan Gurney et Bob Bondurant s’imposera devant les Ferrari GTO, et au Tourist Trophy couru à Goodwood. La Daytona abandonnera à Spa, à Reims et au Tour de France automobile, où elle a été engagée par Henri Chemin. Mais la voiture n’était pas préparée pour les courses sur routes ouvertes. Très remonté contre Ferrari, Carroll Shelby déclare avec force que le Commendatore a fait annuler l’épreuve de Monza pour priver les Cobra d’une victoire en terre italienne.

Ce n’est que partie remise, et en 1965, la Daytona rafle le titre suprême, triomphant dans sept des treize manches du championnat : Daytona, Sebring, Monza, Nürburgring, Reims, Enna et Bridgehampton, tandis que le roadster gagne à Oulton Park (Tourist Trophy) et au Rossfeld. Carroll Shelby a réalisé son rêve, et ne se privera pas de se vanter aux journalistes d’avoir « botté le cul de Ferrari » !!

Mais la Daytona ne s’est pas seulement montrée supérieure à la GTO. Elle a également terrassé la Ford GT 40 à plusieurs reprises, durant la période où Ford confiait son programme GT à Holman and Moody, qui faisait courir les voitures de Dearborn en Stock-Car. C’est d’ailleurs ce qui a convaincu Ford de confier son programme course à Carroll Shelby, qui dut par la suite retirer sa voiture.
C’est la raison pour laquelle la Daytona n’aura pas vécu longtemps. De même que l’avortement du prototype de coupé 427 (7 litres) prévu pour courir au Mans en 1965, qui sera sacrifié au nom de la Ford GT40 Mk II. Non terminé, il n’a jamais connu la piste. La voiture sera finalisée ultérieurement par un collectionneur.

Avant sa retraite, la Daytona sera pilotée sur le Lac Salé de Bonneville dans l’Utah. Pilotée notamment par Craig Breedlove, elle bat, en novembre 1965, 23 records en départ arrêté et lancé dans la classe C. Elle tourne également pendant douze heures à la moyenne de 273,5 km/h. Ce sera la dernière prestation d’une Daytona sous les couleurs de Shelby American.

Il est à noter qu’à l’initiative de Robert Sarrailh, un coupé Daytona a été réalisé il y a quelques années dans un atelier du Mans. Construit sur un châssis de roadster d’époque avec l’aval de Carroll Shelby et sous le contrôle de Pete Brock, la voiture participe à des épreuves historiques comme le Tour Auto et l’Age d’Or. Une belle manière de faire revivre l’une des légendes automobiles Américaines !!!