GP Dijon 1979 : Il était une fois…

Alors que la manche française de Formule 1, se déroulant à Magny-Cours, vient de disparaître du calendrier, il y a 30 ans, le Grand Prix de France accoucha de l’une des plus belles bagarres jamais vues dans la discipline. Pour beaucoup il s’agit même du meilleur GP de F1 jamais couru jusqu’à maintenant. C’était à 10km au nord de Dijon, sur le circuit rapide mais néanmoins technique de Prenois.

L’histoire

Le GP faisait 80 tours. Il reste maintenant 3 tours. Jean-Pierre Jabouille sur Renault est en tête et s’en va remporter ce Grand Prix. Derrière lui se déroulent un duel féroce entre Gilles Villeneuve sur Ferrari et alors 2e, et René Arnoux sur Renault, en 3e position. A ce moment-là en réalité, Arnoux vient de faire une remontée de 6 places en une quinzaine de tours, tandis que Villeneuve souffre avec sa Ferrari 312 T4 dont les pneus sont à l’agonie. Arnoux n’est pas épargné, puisqu’une pompe cassé dans l’un des réservoirs (à cette époque, les courses se déroulaient sans aucun arrêt aux stands) lui faisait perdre du temps dans certains virages à droite. Dans la longue ligne droite d’1km de long, Arnoux prend l’aspiration de Villeneuve, se décale sur sa droite. Freinage. Les 2 pilotes sont roues contres roues, mais Arnoux se trouve à l’intérieur. Il passe devant. Fin du tour, de nouveau la ligne droite. Les rôles sont inversés.

Avant-dernier tour. Villeneuve prend l’aspiration de Arnoux mais se trouve toujours derrière au moment du freinage. Le voilà qui retarde son freinage, plonge à l’intérieur, par la droite de la Renault d’Arnoux, bloque ses roues ! Ses pneus fument ! Les 2 pilotes sont alors à nouveau roues contres roues, mais c’est Villeneuve qui a la meilleure trajectoire. Il reprend sa 2e place. Sortie de la longue Courbe de Pouas, le dernier virage du circuit, Arnoux se trouve à l’affût juste derrière Villeneuve. Avec le bénéfice de l’aspiration là encore, il devrait sans difficulté revenir à sa hauteur.

Dernier tour. Arnoux n’a finalement pu dépasser Villeneuve dans la ligne droite, mais tente d’imiter sa manœuvre du tour précédent. Il est un peu court, mais Villeneuve bloque sa roue avant gauche et ne peut prendre la corde. Arnoux se glisse et empêche son adversaire de prendre la trajectoire idéale. Les 2 pilotes se retrouvent côte à côte au moment d’aborder le S des Sablières ! Arnoux passe devant mais sort trop large du premier gauche et se trouve quelques secondes hors piste. Il revient en piste, mais Villeneuve est revenu et plonge sur la droite et se retrouve à l’intérieur pour le virage à droite qui suit immédiatement. Les monoplaces sont de front au freinage du Gauche de la Bretelle. Ils se touchent ! Une fois, deux fois ! Villeneuve est déporté à l’extérieur et Arnoux peut garder la 2e place ! Vient rapidement la Parabolique. Arnoux est devant mais Villeneuve plonge là encore à l’intérieur au freinage. Les 2 autos abordent le virage ensemble, et c’est Villeneuve qui sort devant ! Arnoux n’aura plus l’occasion de le redoubler. Villeneuve termine 2e, Arnoux terminant dans son sillage.

L’Histoire

Car lors de ce Grand Prix, l’Histoire s’écrit aussi avec un grand H. En effet, il en résulta la première victoire d’un moteur turbo en F1, en l’occurrence celui de Renault. Renault se lance en Formule 1 en 1977 et tente le pari de la suralimentation. Le projet est lancé plus exactement en 1975, et est soutenu par Elf. La base utilisée sera le 2.0 V6, alors souverain en F2 et en proto. Mais la Commission Sportive Internationale attribut un coefficient 2 à la suralimentation, obligeant Renault à réduire la cylindrée du V6 à 1.5L. Les premiers essais sont difficiles, la voiture s’avérant délicate à maîtriser notamment du fait du temps de réponse du turbo. Malgré tout, la Renault RS01 fera ses débuts en F1 le 16 juillet 1977 sur le circuit de Silverstone, les derniers essais sur le circuit de Prenois s’avérant concluant.

Renault devient donc ce jour-là le premier constructeur à proposer un moteur turbo en championnat F1. Cependant les résultats ne suivent pas, les déceptions s’enchaînent, et la voiture récolte au passage le surnom de ‘Yellow Tea Pot’. Avec cette consonance, vous aurez compris que les Britanniques et leur humour avaient une nouvelle fois frappé.

Renault persiste et bien lui en vaudra. Puisque ce 1er juillet 1979, après 1 heure, 35 minutes et 20 secondes précisément, la victoire se trouva au bout, grâce à Jean-Pierre Jabouille. Au final, 1ère victoire en F1 pour Jabouille, 1ère victoire de Renault en tant que constructeur ainsi qu’en tant que motoriste, et donc 1ère victoire d’un moteur turbocompressé, le Renault RS10.

L’héritage
 
Aucun. Lorsque les moteurs turbo se sont mis à dominer le championnat de Formule 1, ils furent interdits et aujourd’hui les constructeurs utilisent des V8 atmosphériques. Plus de Prenois non plus, le circuit n’ayant pas su s’adapter pour poursuivre l’aventure. Le GP de France lui-même est en difficulté. Magny-Cours n’est plus, la faute a des exigences financières au-dessus des moyens des organisateurs. Le projet d’un circuit situé en région parisienne a été récemment lancé (aux dernières nouvelles, le dossier retenu devrait être connu fin avril), mais nous ne reverrons pas de monoplaces F1 en France avant 2011.

Aucun, si ce n’est une certaine nostalgie. Certains ne se lassent pas de revoir ce grand moment, ou de le remontrer une énième fois, comme pour se convaincre que oui, il fut un temps où la Formule 1 était intéressante et rimait avec spectacle. Une nostalgie qui, peut-être, 30 ans plus tard, a fini par atteindre les hautes instances de la FIA, se décidant alors à faire quelques changements au règlement en 2009…

Les 3 derniers tours en vidéo

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